Ville libre de Dantzig 1920-1939 — les traces visibles aujourd’hui
La Ville libre de Dantzig a disparu des cartes en 1939, mais ses traces sont toujours visibles. Découvrez ce que vous verrez et comment organiser l’itinéraire.
« Ville libre de Dantzig » revient dans presque chaque ouvrage sur l’histoire de la ville, mais rares sont ceux qui expliquent ce que cela signifiait réellement — et plus rares encore ceux qui montrent où, aujourd’hui, en se promenant dans Gdansk, on peut effectivement en voir les traces. C’était une entité politique qui n’a existé que de 1920 à 1939 : ni l’Allemagne, ni la Pologne, mais une cité-État autonome sous la tutelle de la Société des Nations. Nous expliquons ici ce qu’elle était exactement, comment elle est née et comment elle s’est achevée — et surtout, quels bâtiments, quelles places et quels musées permettent de voir cette histoire de ses propres yeux, et comment en tirer un itinéraire cohérent.
Ce qu’était vraiment la Ville libre de Dantzig
La Ville libre de Dantzig (en allemand : Freie Stadt Danzig) était une entité politique distincte — ni partie de l’Allemagne, ni partie de la Pologne. Elle avait sa propre constitution, approuvée par la Société des Nations, son propre hymne, un parlement monocaméral (le Volkstag) et un gouvernement (le Sénat), sa propre police, et à partir de 1923 sa propre monnaie — le florin de Dantzig (gulden gdański), qui remplaça le mark allemand dévalué — ainsi que ses propres timbres-poste. La population parlait très majoritairement allemand, et la vie quotidienne de la ville reflétait ce fait.
Dans le même temps, la Ville libre n’était pas pleinement souveraine : elle n’avait ni armée propre, ni politique étrangère indépendante. Sa tutelle était exercée par la Société des Nations, par l’intermédiaire de son représentant sur place — le Haut-Commissaire. La Pologne, elle, disposait sur le territoire de la ville de droits précis et délimités : une union douanière, sa propre poste, son propre système scolaire et — ce qui s’avérera déterminant pour les événements de 1939 — le droit d’exploiter un dépôt de transit militaire à Westerplatte. Autrement dit : ce n’était « ni simplement une ville allemande », ni « simplement une ville polonaise », mais un compromis complexe, à double autorité, conçu pour concilier la majorité germanophone de la population avec la nécessité de garantir à la Pologne renaissante un accès à la mer.
La Ville libre couvrait par ailleurs un territoire bien plus vaste que Gdansk elle-même : l’ensemble s’étendait sur près de 2000 km², de Sopot (alors commune urbaine distincte, Zoppot) jusqu’aux zones rurales des actuelles Żuławy. Oliwa, aujourd’hui un quartier de Gdansk, était jusqu’en 1926 une ville à part au sein de la Ville libre, et ce n’est qu’à cette date qu’elle fut administrativement rattachée à Gdansk. L’ensemble de la frontière, longue d’environ 290 kilomètres, était matérialisé par 740 bornes en granit — certaines, aujourd’hui bien érodées, se dressent encore sur le terrain, mais elles relèvent plutôt d’une quête pour passionnés d’histoire que d’une étape de promenade classique.
Comment elle est née, et comment elle s’est achevée
Le traité de Versailles, signé le 28 juin 1919, prévoyait dans son article 100 la création, à partir de Gdansk et des terres environnantes, d’une entité distincte sous la tutelle de la Société des Nations — une décision inscrite dans le traité, mais pas encore un fait accompli. La Ville libre de Dantzig elle-même ne fut formellement créée que plus tard : elle fut proclamée le 15 novembre 1920. Ces deux dates sont parfois confondues ou fondues en une seule dans certains ouvrages — il convient de les distinguer : 1919 est l’année de la décision, 1920 celle de la naissance effective de l’État.
Pendant sa première décennie, la Ville libre a fonctionné comme un organisme économique relativement stable et plurilingue, vivant principalement du port et du commerce de transit. La situation a changé après le 28 mai 1933, lorsque le NSDAP a remporté 38 des 72 sièges du Volkstag lors des élections — une majorité absolue. Le nouveau Sénat, dominé par les nationaux-socialistes, a repris méthodiquement le contrôle des institutions de la ville l’une après l’autre ; à partir d’octobre 1933, le Sénat n’était plus composé que de membres du NSDAP. Le véritable homme fort local, Albert Forster, qui se donnait le titre de Gauleiter de la Ville libre, œuvrait ouvertement à son rattachement à l’Allemagne.
Les Hauts-Commissaires de la Société des Nations qui se sont succédé ont réagi différemment à cette évolution, ce qui fait aussi partie de cette histoire. Le diplomate irlandais Seán Lester, commissaire de 1934 à 1937, s’est ouvertement opposé aux violations de la constitution de la Ville libre par le Sénat dominé par le NSDAP et a signalé ces manquements à Genève — sans grand effet ; il fut démis de ses fonctions en février 1937. Son successeur, le Suisse Carl Jakob Burckhardt, exerça la fonction jusqu’au bout, jusqu’au 1er septembre 1939, date à laquelle les autorités de la Ville libre annoncèrent son rattachement au IIIe Reich — mettant fin à un peu moins de dix-neuf années de statalité distincte.
Chronologie — statut juridique et ce qu’il en reste
| Période | Statut juridique de la ville | Trace visible aujourd’hui |
|---|---|---|
| 1919 | Le traité de Versailles prévoit la création de la Ville libre | — |
| 1920-1933 | Cité-État autonome sous la Société des Nations | Nowy Ratusz (Wały Jagiellońskie 1), Poczta Polska, phare de Nowy Port |
| 1933-1939 | Pouvoir réel aux mains du NSDAP local, formellement toujours sous la Société des Nations | Immeubles du Wielki Wrzeszcz de cette décennie |
| 1er sept. 1939 | Rattachement au IIIe Reich, fin de la Ville libre | Westerplatte, bâtiment de la Poczta Polska |
| Depuis 1945 | Ville dans les frontières de la Pologne | — |
Les traces du centre-ville — un itinéraire à pied
Plusieurs des traces les plus importantes de la Ville libre se trouvent dans le Śródmieście, à distance de marche les unes des autres. Le Nowy Ratusz, aux Wały Jagiellońskie 1 — ancien bâtiment du commandement du corps d’armée prussien — fut de 1920 à 1939 le siège et le lieu de travail des Hauts-Commissaires de la Société des Nations qui se sont succédé dans la Ville libre de Dantzig. Il abrite aujourd’hui le siège du conseil municipal de Gdansk ; vous observerez le bâtiment de l’extérieur, en longeant les Wały Jagiellońskie en direction de la gare. L’une des salles à l’intérieur (n° 003) porte aujourd’hui le nom de Seán Lester — le Haut-Commissaire dont nous évoquons plus haut le conflit avec les nationaux-socialistes de Dantzig.
À un quart d’heure de marche de là, place Obrońców Poczty Polskiej (place des Défenseurs de la Poste polonaise), se dresse le bâtiment de l’ancienne Poczta Polska — qui fonctionnait dans la Ville libre en vertu des droits postaux polonais, et qui fut attaquée le 1er septembre 1939. La place elle-même, avec son monument aux défenseurs, et la façade du bâtiment sont un espace public librement accessible ; le musée installé à l’intérieur est fermé pour travaux depuis janvier 2025, avec une réouverture prévue en septembre 2026 — vérifiez le statut actuel sur muzeumgdansk.pl avant votre visite.
Troisième étape : le Ratusz Głównego Miasta (hôtel de ville du Główne Miasto), siège principal du Musée de Gdansk, où vous trouverez des expositions consacrées à différentes périodes de l’histoire de la ville, dont l’entre-deux-guerres. Le musée prépare actuellement une nouvelle section complète consacrée à l’ensemble de l’histoire de Gdansk ; mieux vaut donc vérifier sur place ou sur le site du musée avant votre visite l’étendue exacte de l’exposition en cours — notamment si le florin de Dantzig ou des timbres de la Ville libre y sont actuellement présentés. Cet itinéraire recoupe en grande partie le Trakt Królewski, que nous avons décrit pas à pas dans → Le Trakt Królewski à Gdansk — une promenade pas à pas.
Les traces hors du centre — Westerplatte, Nowy Port, Wrzeszcz
Westerplatte est la trace la plus connue de la Ville libre — la presqu’île où, en vertu d’une résolution de la Société des Nations de 1924, la Pologne exploitait le Dépôt de transit militaire, attaqué le 1er septembre 1939. Les ruines des casernes et le monument aux défenseurs font aujourd’hui partie du → Musée de la Seconde Guerre mondiale ; nous avons détaillé séparément l’accès et le temps à prévoir dans → Gdansk — Westerplatte : comment y aller et combien de temps prévoir.
Sur le chemin de Westerplatte, dans le quartier de Nowy Port, se dresse un phare toujours en activité, construit en 1893-1894 — plus ancien que la Ville libre elle-même, mais resté sur son territoire pendant toute la durée de son existence, avec une galerie panoramique donnant sur Westerplatte et la baie de Gdansk. Le phare est ouvert aux visiteurs de façon saisonnière, moyennant un billet ; vérifiez directement sur son site les horaires et modalités de visite actuels avant de vous y rendre, car ils changent au cours de l’année.
S’il vous reste du temps, un détour par le Wielki Wrzeszcz vaut aussi le coup — un quartier d’immeubles bourgeois et de villas autour des rues actuelles Kościuszki, Chrobrego, Legionów et Hallera, construit précisément dans les années 1920 et 1930, à l’époque où cette partie de la ville s’appelait Neu-Langfuhr. Le bâti a traversé la guerre relativement intact et forme aujourd’hui un quartier résidentiel ordinaire — sans plaques muséales, mais avec une architecture directement héritée des années de la Ville libre.
Peut-on faire le tour en une demi-journée ?
Les trois étapes du Śródmieście — Nowy Ratusz, Poczta Polska, Ratusz Głównego Miasta — tiennent confortablement en 2 à 3 heures de promenade, car un quart d’heure de marche tout au plus les sépare. Si vous y ajoutez Westerplatte et Nowy Port, comptez sur une journée entière : le trajet aller (en bus, à vélo ou en tramway fluvial saisonnier depuis la Motława) prend environ une demi-heure, et la seule visite de Westerplatte représente encore une heure, voire plus. Le Wrzeszcz se combine le plus facilement en chemin vers ou depuis la gare de Gdańsk Główny, puisqu’il n’est qu’à quelques arrêts de SKM du Śródmieście.
L’ordre le plus logique : commencez par le Nowy Ratusz et la Poczta Polska dans le centre, déjeunez dans le Główne Miasto, et réservez l’après-midi pour Westerplatte et Nowy Port — la lumière de fin d’après-midi est particulièrement belle depuis la galerie du phare, avec vue sur la baie.
Où voir plus, et pour aller plus loin
Au-delà des lieux cités, des objets de la vie quotidienne de la Ville libre — florins de Dantzig, timbres-poste, documents officiels — apparaissent périodiquement dans des expositions temporaires du Musée de Gdansk et des sociétés historiques locales. Si vous tenez particulièrement à voir des pièces ou des timbres, demandez directement au Ratusz Głównego Miasta ce qui est actuellement exposé — les expositions temporaires changent plusieurs fois par an. Le chapitre suivant de l’histoire du XXe siècle de la ville — cette fois d’après-guerre, lié à Solidarność — se découvre de l’autre côté du centre, dans l’ancien chantier naval de Gdansk : nous en parlons dans → La Stocznia de Gdansk et l’ECS — une promenade dans le Quartier Jeune-Ville.
Bastion Wałowa est le point de départ le plus pratique pour cet itinéraire. Les appartements → Bastion Wałowa se trouvent à quelques minutes à pied du Nowy Ratusz, de la Poczta Polska et du Główne Miasto, et c’est aussi, parmi tous nos emplacements Mint, celui d’où Westerplatte et Nowy Port sont les plus proches. Des questions sur l’itinéraire ou le trajet ? Écrivez à notre concierge : rezerwacje@mintapartments.pl, WhatsApp +48 797 412 679.
Questions fréquentes
- Qu’était la Ville libre de Dantzig ?
- Une entité politique distincte ayant existé de 1920 à 1939, ne faisant partie ni de l’Allemagne ni de la Pologne. Elle avait sa propre constitution, un parlement monocaméral (le Volkstag), un gouvernement (le Sénat), sa propre monnaie et ses propres timbres-poste, tout en restant sous la tutelle de la Société des Nations, représentée sur place par un Haut-Commissaire. La Pologne y disposait de droits distincts : une union douanière, sa propre poste et le droit à un dépôt de transit militaire à Westerplatte.
- La Ville libre de Dantzig était-elle allemande ou polonaise ?
- Ni l’une ni l’autre, au sens strict. La population parlait très majoritairement allemand et la vie quotidienne y ressemblait à celle d’une ville allemande, mais la ville n’appartenait formellement pas à l’Allemagne, et la Pologne y détenait des droits économiques et postaux précis et délimités. C’était un compromis entre la majorité germanophone de la population et la nécessité d’assurer à la Pologne renaissante un accès à la mer.
- Que reste-t-il concrètement de la Ville libre de Dantzig à voir aujourd’hui ?
- Entre autres : l’ancienne résidence du Haut-Commissaire de la Société des Nations — aujourd’hui le Nowy Ratusz, siège du conseil municipal de Gdansk, aux Wały Jagiellońskie —, le bâtiment et la place de l’ancienne Poczta Polska (la Poste polonaise), les ruines du Dépôt de transit militaire à Westerplatte, le phare de Nowy Port, ainsi que les immeubles résidentiels du Wielki Wrzeszcz construits dans les années 1920 et 1930.
- Combien de temps prend la visite des traces de la Ville libre de Dantzig ?
- Les seuls arrêts du centre-ville — le Nowy Ratusz, la Poczta Polska, l’hôtel de ville du Główne Miasto — représentent 2 à 3 heures d’une promenade tranquille. Si vous y ajoutez Westerplatte et Nowy Port, mieux vaut prévoir une journée entière, en comptant le trajet aller-retour et le temps de visite.
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